Le « miracle » du chômage allemand expliqué en deux graphiques

Si le chômage baisse en Allemagne, c’est surtout parce que la population active s’y accroît beaucoup moins vite qu’en France. ©Rainer UNKEL/REA

Ces dernières années, le chômage a fortement baissé en Allemagne, malgré la crise, et cela n’a pas été le cas en France. En juin 2008, pourtant, les deux pays affichaient le même taux de chômage : 7,4 %. Aujourd’hui, les deux courbes se sont sensiblement éloignées : en Allemagne le chômage a chuté à 4,2 %, tandis qu’en France il a grimpé à 10,3 % de la population active.

Malgré la crise, le chômage a fortement baissé en Allemagne et pas en France

Taux de chômage harmonisé en % de la population active

Eurostat

Cette divergence de trajectoire a contribué à nourrir le mythe d’une supériorité intrinsèque du « modèle allemand ». Et elle a régulièrement servi en particulier à souligner l’impérieuse nécessité qu’il y aurait à copier les réformes impopulaires menées par le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder au début des années 2000, pour remettre en cause l’Etat social allemand et libéraliser le marché du travail. Or les performances allemandes sur le marché du travail ont une tout autre origine.

En cause : la divergence des dynamiques démographiques

Evolution entre 2010 et 2015 en %

Eurostat, calculs Alternatives économiques

Ce n’est pas du tout parce que l’économie allemande a créé plus d’emplois que le chômage y baisse rapidement, contrairement à ce qu’on veut souvent nous faire croire. Depuis 2000, l’Allemagne a créé 50 % d’emplois de moins que l’économie française en proportion du stock d’emplois de départ. Ces dernières années, les créations d’emplois sont certes plus dynamiques en Allemagne qu’en France, mais au début des années 2000, les réformes Schröder en avaient aussi détruit beaucoup.

Les écarts sur le plan du chômage s’expliquent surtout par la différence des dynamiques démographiques

Si le chômage baisse en Allemagne, c’est surtout parce que la population active (ceux qui ont ou cherchent un emploi) s’y accroît beaucoup moins vite qu’en France : plus de deux fois moins d’augmentation entre 2000 et 2015. Et cet accroissement est moindre que l’emploi malgré la faible hausse de celui-ci. D’où la baisse du chômage alors que l’inverse est vrai en France.

Cette hausse de la population active constitue malgré tout un exploit, parce que la population d’âge actif (15 à 65 ans) a, quant à elle, nettement diminué depuis le début des années 2000. En Allemagne, l’écart est de 9 points de pourcentage entre l’évolution de la population active et celle de la population d’âge actif, contre 4 points en France. Cette progression est due principalement à l’entrée massive des femmes sur le marché du travail, à travers les petits boulots précaires et mal payés créés par Gerhard Schröder.

Bref, la différence des dynamiques démographiques entre les deux rives du Rhin explique davantage les écarts sur le plan du chômage que les performances économiques des deux économies.

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Une réponse à Le « miracle » du chômage allemand expliqué en deux graphiques

  1. Mr-Veille dit :

    Et oui cela parait évident

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